Airbnb en chute libre, le marché locatif fait son grand retour dans les capitales touristiques (carte interactive)

Parmi les victimes collatérales du covid-19, il en est une qu’on ne soupçonnait pas forcément : Airbnb. Le géant de la location entre particuliers n’avait pas prévu le confinement et la crise du tourisme. Déjà fragilisé par des politiques de plus en plus strictes sur l’encadrement de la pratique, afin d’éviter une explosion des prix sur le marché, Airbnb a vu ses propriétaires peu à peu retirer leurs annonces et se tourner de nouveau vers le marché classique. C’est le cas dans plusieurs grandes villes européennes dans lesquelles il était pourtant bien implanté.

Paris a notamment vu une forte hausse des biens à louer en 2020 : selon le site Se Loger, il y a eu une augmentation de 50% d’offres de locations de studio par rapport à l’an dernier. Une situation qui n’était pas arrivée depuis longtemps, dans une capitale qui souffre d’une forte tension locative, due en partie à l’arrivée d’Airbnb. Depuis plusieurs années, on constatait que certains propriétaires préféraient louer occasionnellement leurs biens sur Airbnb que de les mettre sur le marché classique à long terme, moins rentable.

Mais avec la pandémie, les touristes étrangers se font rares : sur la Tour Eiffel, on constatait en juillet une baisse de 68% des visites, 60% au musée du Louvre, rapporte Franceinfo. Pour payer charges et taxe foncière, les propriétaires se rabattent donc sur le long terme. Une bonne nouvelle pour les autorités municipales, qui mènent depuis longtemps une croisade contre Airbnb dans la Ville-Lumière. Cet automne, la maire Anne Hidalgo compte bien maintenir son référendum pour limiter la durée de location annuelle des logements Airbnb, actuellement plafonnée à 120 jours par an pour une résidence principale.


►►► À lire aussi : Coronavirus dans le monde : Airbnb bannira les fêtards qui « transfèrent dans les maisons ce qu’ils faisaient dans les bars »


A Barcelone, une autre ville « Airbnb », la situation est la même : selon la fédération espagnole des associations de logements et des appartements touristiques (Fevitur), 40% des appartements jugés « touristiques » sont revenus sur le marché traditionnel. « Les propriétaires ont renoncé à la rentabilité qu’offrait la location à des touristes« , note le portail Pisos.com dans un rapport cité par Niusdiario. Même constat à Lisbonne, la capitale portugaise, dans laquelle la proportion de logements Airbnb montait jusque-là à 30% dans certains quartiers. « Nous avons constaté que de nombreuses nouvelles annonces immobilières avaient déjà été publiées comme des logements de vacances locaux« , explique le portail Idealista au journal Sábado. Pour soutenir les propriétaires, la ville a de son côté fait une proposition originale : louer les logements Airbnb vacants pour les sous-louer ensuite à des travailleurs fournissant des « services essentiels« . Près de 2000 logements pourraient être concernés.

A Athènes, en Grèce, le géant américain était déjà en difficulté : au cours de l’année 2019, ce sont plus de 3000 annonces qui avaient été retirées, selon Kathimerini. Mais le phénomène s’est amplifié avec la crise du covid-19 et la chute du tourisme : 2270 maisons ont encore été retirées du site entre janvier et mai. A l’inverse, on notait une augmentation de 7,1% des locations à long terme dans la ville, allant même jusqu’à 44% dans les quartiers les plus touristiques, comme Petralona.

Baisse des loyers en vue ?

Londres a vu le nombre de ses annonces Airbnb chuter : selon le site AirDNA, il est passé de 85.000 fin 2019 à 62.000 en mars. L’institut Rightmove notait dans le même temps une augmentation de 45% des locations à long terme (baux d’un an) dans le centre de la capitale. « Cela pourrait être une bonne nouvelle pour les nouveaux locataires, avec une augmentation de l’offre qui leur donne généralement plus de force dans les négociations« , notait en mars le site Homes & Property. A Dublin, ville-symbole de la tension immobilière en Europe et réputée très difficile pour se loger, la crise a également eu un effet. Fin mars, on notait une augmentation de 64% des annonces pour du long terme dans la capitale (13% au niveau national), rapporte le site Daft repris par The Independent.

Cette tendance fera-t-elle du bien au marché locatif dans des capitales en tension ? Permettra-t-elle de réduire les loyers, souvent exorbitants ? Ce serait logique. Pourtant, ce n’est pas aussi automatique, explique le site français Checknews. « Il n’y a pas de preuve pour l’instant, estime Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris chargé du logement. S’il y a augmentation de l’offre et baisse de la demande, la logique voudrait que les prix finissent par baisser. » Selon le site Atlantico, il y aurait eu à Paris une baisse de 0,4% des loyers depuis le début de la crise. Mais le site Se Loger indique, lui, que les prix sont restés constants entre mai et août.

Face à la crise, Airbnb compte bien répliquer. Le groupe américain a annoncé qu’il lançait une nouvelle offre de location à long terme. Désormais, il sera possible de réserver des séjours de plus de trente jours. Une manière de tenter de récupérer les propriétaires tentés de quitter la plateforme.

Les autorités locales essaient souvent de limiter le marché Airbnb dans leur ville.

Laisser un commentaire