La villa Cozzano, un refuge idéal en Italie

C’est en 1543 que furent construits les bâtiments de la Villa Cozzano. “À l’époque, explique Manuel Fabrizi, la ferme de mes aïeux était une sorte de centre culturel et social qui mêlait les riches et les pauvres. Puis plus tard, la propriété abritait une école, où ma grand-mère enseignait, un élevage de porcs, et un cordonnier. La maison commune qui abrite aujourd’hui notre salle de réfectoire et notre cuisine, était ouverte aux familles des enfants scolarisés et à celles des ouvriers agricoles qui venaient cuisiner et partager un repas. Et dans la cave de notre maison principale, où logeaient les ouvriers agricoles, étaient organisées des soirées où les personnes de haut rang venaient danser.” Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’armée allemande tente de mettre la main sur les produits de la ferme, qui sont subtilement cachés par ses occupants. Le lieu devient alors un refuge pour les habitants des villages de Cozzano et de Pozzuolo, où la présence des soldats reste forte. Cette vocation de refuge et centre culturel jusque dans les années 80, où l’exode rural touche fortement la région. La ferme devient alors inoccupée. En 2001, Cristiano et Manuela Fabrizi décident de le transformer en bed and breakfast. Mais les difficultés ne tardent pas à s’accumuler, et la banqueroute guette. Jusqu’à ce que leur fils Manuele décide de consacrer son temps et sa vie à sauver la propriété familiale.

 

En effet, la région, pourtant labellisée par l’UNESCO, attire les convoitises des industriels locaux. Une première usine, Menconi SRL, qui fabrique du bitume, parvient à s’implanter. Puis une deuxième, qui produit des engrais à partir de biomasse. Cette intrusion –assortie d’un projet plus vaste comportant notamment l’enfouissement de déchets toxiques– constitue, aux yeux de Manuel Fabrizi, un premier pas vers une pollution généralisée de la région agricole. C’est donc aux côtés de Valeria Passeri, avocate et vice-présidente de la WWF de Pérouse, dans la région d’Ombrie, qu’il se bat pour leur barrer la route. “J’essaie de sauver Cozzano, explique Valeria Passeri, parce que ce lieu est magnifique et parce qu’il est proche de la réserve naturelle de Montepulciano. Les deux usines qui s’y sont implantées font partie des plus polluantes possibles, ce qui, dans ce site protégé, constitue une violation de la loi italienne. Le problème est qu’ici, la corruption est partout. Les personnes chargées de l’inspection des sites sont souvent des amis des industriels locaux. Et les chefs d’entreprise versent des pots de vin aux associations chargées de l’environnement, si bien que tout reste caché. Les fermiers qui vivent à côté des usines, en hauteur, sur une colline, ont déjà des problèmes de santé liés aux fumées toxiques, et ils ont dû cesser la production d’huile d’olive, car l’air est pollué. Nous avons donc écrit à la procureure de la République. Une enquête est en cours, et nous avons déjà réussi à réduire les horaires d’activité autorisés aux usines.

Laisser un commentaire